Tour de France de la gestion des biodéchets : étape n°2, Besançon

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gestion biodéchets Besançon
Collecte de déchets via des bacs connectés dans la ville de Besançon

En réalisant une synthèse de mes recherches sur la gestion des déchets en Corse, je suis tombée sur un article de mars 2020 qui a attiré mon attention dans La Croix. Besançon est citée comme ville ayant réussi à « faire fondre le poids de ses poubelles (Réduction des déchets de 30%)

Comment ? Les mesures entreprises sont-elles réplicables sur d’autres territoires ? J’ai voulu en savoir plus.

Si Zero Waste en a fait une étude, c’est que ça vaut le coup de s’y intéresser !

Spoiler : mes recherches m’ont appris que Zero Waste Europe avait carrément fait un cas d’étude de 8 pages cas d’étude sur la réduction des déchets à Besançon.

Pour lancer un projet, rien ne vaut une analyse de ce qui existe déjà ! Quelles sont les villes les plus avancées ? Quelles sont les pratiques qui ont fait leur preuve pour réduire la quantité de déchets et maximiser la valorisation des déchets produits ? Ceci est mon 2ème article dans la série « Tour de France de la gestion des biodéchets » pour savoir où en sont les communes de France sur la question des biodéchets. Retrouvez mon premier article sur la gestion des déchets en Corse.

Dans cet article, je souhaite répondre aux questions suivantes :

  • comment Besançon gère ses déchets et en particulier ses biodéchets
  • quelles pratiques peuvent inspirer les communes françaises

1) Comment les habitants de Besançon, les Bisontins (eh oui !), génèrent 30% de déchets en moins que la moyenne nationale ?

En 2012, la métropole de Besançon a lancé sa politique de Redevance Incitative (RI) afin de réduire le volume d’ordures résiduelles comme cela était encouragé par les lois Grenelle 1 et 2. 

5,3 millions d’euros ont été investis dans ce projet (dont 2,7 millions d’euros de subvention apportés par l’Ademe) (voir investissement pour réduire les déchets de janvier 2012)

L’objectif était de faire baisser la production d’ordures ménagères destinées à l’incinération de 130kg à 100kg /an/hab. Le coût de cette décision serait de l’ordre de 1€ par habitant. Ceci dit, cette décision évitait la construction d’un nouveau four d’incinération pour faire suite à la fermeture du 1er four datant de 1976. Cette construction aurait coûté entre 6 et 10 € par habitant et par an. Egalement, les externalités positives de ce projet sont importantes car cette nouvelle manière de payer sensibilise les usagers au devenir des déchets et à l’importance de les réduire au maximum.

Pour mettre en place cette RI, il a fallu renouveler les 49 000 bacs (ajout d’un code pour associer un bac à une adresse et un foyer), camions bennes et l’infrastructure de traitement de données.

Ce n’est pas tout. Comme le résume très bien Zero Waste, le syndicat mixte en charge du traitement des déchets de la métropole, le SYBERT, a également accordé une importance particulière à la prévention des déchets avec des actions telles que :

  • tri à la source des biodéchets pour les valoriser à proximité via l’installation de composteurs – associé à la tarification incitative, le compostage a été un vrai levier pour réduire le volume de déchets jetés dans la poubelle d’ordure résiduelle
  • sensibilisation du public
  • distribution gratuite de gobelets en plastique réutilisables consignés pour les fêtes et événements
  • valorisation des biodéchets en fournissant les restes alimentaires à des poulaillers
  • prêt de kit de couches lavables gratuitement pendant un mois aux parents qui souhaitent tester ce système
  • campagne de communication promouvant les manières de vivre de 20 familles, les “ménages presque parfaits”, engagées dans une démarche citoyenne de réduction des déchets

Plus les [citoyens] compostent, plus ils réduisent leurs déchets et moins ils paient

2) Chronologie et éléments de synthèse

2007-2008 : la possibilité de passer à un système de redevance incitative germe dans le parti élu (LREM)

2010 : la mairie fait l’acquisition de nouveaux bacs pucés, qui permettront le suivi et la pesée des déchets des citoyens. Les camions de collecte sont adaptés pour intégrer la pesée et une campagne de communication auprès des habitants est menée

Zero Waste explique qu’entre 2012 et 2016, la mise en place du programme “Waste on a diet” (“Les déchets au régime”) financé par l’Union Européenne a permis de tester et de mettre en oeuvre des solutions pour se passer du renouvellement du vieux four d’incinération. Dans le cadre de ce projet, un système de tarification incitative a été étendu et la plupart des sites de compostage de proximité ont été installés.

Les acteurs en présence :

  • Grand Besançon Métropole qui réunit 192 000 habitants via 69 communes
  • SYBERT, syndicat mixte en charge uniquement du traitement des déchets (et non de la collecte) de 3 grandes collectivités dont le Grand Besançon (qui représente 85% des habitants) pour un total de 225 000 habitants 

Territoire étudiéGrand Besançon Métropole, 192 000 habitants, 69 communes
Volume257 000 tonnes dans le Doubs de déchets ménagers et assimilés produits chaque année (1,4 millions pour la région Bourgogne Franche Comté) – volume de déchets, Ademe, octobre 2016
Des chiffres plus récents sur la métropole de Besançon fait état d’un volume des ordures ménagères de 30 802 tonnes en 2020 contre 50 000 tonnes il y a dix ans (contre +60 000 tonnes pour la Métropole de Montpellier qui compte 300 000 habitants).
Volume par habitant467 kg par habitant en 2019 selon le SYBERT (volume de déchets par habitant, Sybert, 2019) contre 526 kg par habitant en 2010 et une moyenne nationale actuelle de 525 kg.
C’est sur le périmètre des ordures résiduelles que la baisse s’est opérée, avec un volume qui est passé de 227 à 150 kg par habitant (moyenne nationale à 270 kg) – source : baisse des déchets, Banque des territoires, novembre 2018
Valorisation60,1% des matières ont été recyclées et 35,9% ont été valorisées énergétiquement selon le SYBERT (valorisation des déchets à Besançon).
Cela signifie que 96 % de déchets sont valorisés. (valorisation déchets, Est Républicain, septembre 2020)
InfrastructuresLe SYBERT gère un centre de tri, une usine d’incinération, une installation de tri-massification, 16 déchetteries et 12 sites de compostage collectifs.
L’usine d’incinération, dotée d’une capacité de 60 000 tonnes avec valorisation énergétique, réceptionne 100% des ordures résiduelles
Les 49 600 bacs de la métropole ont été pucés pour mesurer le poids des déchets de chaque foyer suite à la mise en place de la tarification incitative (source : Banque des territoires, novembre 2018)
Au niveau de la région, on peut lire sur le portail internet de la DREAL de la région Bourgogne Franche Comté que la région est “globalement auto-suffisante en termes d’installations de traitement de déchets (malgré quelques exports de déchets en Alsace et en Bourgogne) pour une capacité d’incinération régionale de 315 000 tonnes chiffres clefs déchets Besançon, DREAL.
CoûtLe coût de traitement à la tonne de déchets n’est pas connu.
TEOM (Taxe d’Enlèvement des Ordures Ménagère)Besançon a mis en place une tarification incitative appelée “Redevance incitative” et calculée sur un montant forfaitaire et une partie variable :
– abonnement fixe qui dépend de la taille du bac et de la localisation (entre 115 et 140 € par an par foyer pour un bac de 60L)
– frais variable qui dépend du volume de déchets collecté source : Grand Besançon Métropole
> 2,79 € pour un bac de 60 litres (env 42 kg)
> 2,99 € pour un bac de 330 litres (env 231 kg) 
> 4,39 € pour un bac de 1 100 litres (env 770 kg)
Les entreprises qui génèrent un volume global de plus de 500 L par levée doivent payer le tarif entreprise. Celles qui sont en dessous de ce seuil paient le même prix que les particuliers (en comparaison, ce seuil est fixé à 3 000 L dans la Métropole de Montpellier aujourd’hui).
La contribution moyenne des ménages était de 77 € par habitant par an (source : Rapport annuel 2019 déchets Besançon)
Zero Waste indique les montants suivants : « la redevance moyenne par habitant à Besançon et sa région est de 72 € par an, contre 89 € à l’échelle nationale. »
Taille du marchéLe budget de fonctionnement du SYBERT est de 21 millions d’euros dont 1,5 m€ gérés par des entreprises privées (Veolia et Sita-Suez) – source : rapport annuel 2019 déjà cité
Point tri à la source et gestion des biodéchetsAucune collecte en porte à porte n’est réalisée pour les déchets organiques. Dans le rapport 2019 précédemment cité, une étude était en cours pour évaluer les gisements et les modes opératoires possibles pour capter les biodéchets. Dans ce même document, il est indiqué que “6 285 tonnes (estimées) de biodéchets ont pu être détournées via le compostage collectif de proximité (composteurs accélérés, chalets de compostage, composteurs en pied d’immeubles, lombricomposteurs) et par composteurs individuels.”
11 nouveaux sites de compostage en pied d’immeuble ont été installés, majoritairement sur le territoire de Grand Besançon Métropole pour un total de 338 composteurs en pied d’immeubles.
Le composteur accéléré installé au foyer des jeunes travailleurs de la Cassotte a permis de valoriser 14 tonnes de biodéchets. 
69% des familles habitant en maison individuelle disent composter soit 100 000 personnes en 2016 (Citoyens mobilisés pour composter, Zero Waste).
Synthèse de la gestion des déchets de Grand Besançon Métropole
  • On peut donc retenir que Besançon :
  • produit un niveau de déchets inférieur à la moyenne nationale grâce à une politique de redevance incitative mise en place il y a plus de 10 ans
  • a lancé une démarche de compostage des biodéchets via des sites dédiés (pas de collecte de porte à porte)
Photo issue du site du SYBERT : composteur accéléré du foyer des jeunes travailleurs de la Cassotte

3) Un succès qui cache des inégalités

Un article de France Bleu du 17 août 2021 nous apprend que la RI n’a pas encore permis une réduction du volume de déchets de manière uniforme sur le territoire. En effet,  la valorisation des déchets recyclables est inégale selon les quartiers de la Métropole.

“Dans les habitats urbains denses, comme à Planoise, il y a 60 % de déchets ménagers en plus, en poids, par habitants et par an, explique Daniel Huot, vice-président de Grand Besançon Métropole, en charge de la gestion des déchets.”

En cause, les habitants ont perdu le réflexe de tri à la source car les points d’apports sont moins accessibles. Par exemple, pour les habitats collectifs du quartier qui datent des années 70, les locaux sont exigus et ne permettent pas l’installation de l’ensemble des bacs de recyclage. Résultat, les déchets recyclables sont 3x moins triés à la source et finissent dans la poubelle des ordures ménagères.

Pour corriger cela, la Métropole prévoit :

  • un accompagnement sur les méthodes de tri 
  • du matériel pour disposer de bacs suffisants (recyclabes et biodéchets)

L’opération doit durer 6 mois et pourrait être déployée dans d’autres quartiers qui font face aux mêmes problématiques tels que Palente et Saint-Claude.

4) Zoom sur les biodéchets

Pour cette section, deux sources m’ont été très utiles :

Illustration : apport de biodéchets (épluchures et arêtes de poisson dans le composteur familial)

Besançon semble être une ville championne de la gestion des biodéchets:

  • en 2016 déjà, 70 % de la population du SYBERT était doté d’un composteur domestique, ou avait accès à un composteur collectif à proximité de son lieu d’habitation 
  • le volume de biodéchets estimé dans la poubelle d’ordures résiduelles est passé de 67 kg en 2009 à 36 kg en 2014
  • les municipalités du SYBERT auraient économisé 792 000 € sur le traitement, sans même compter les économies réalisées sur la collecte. 

Comment ce niveau de valorisation des biodéchets a pu être atteint ?

Composteur individuel et collectif, financement et accompagnement ont sans doute été les mots d’ordre du SYBERT pour lancer une dynamique autour du compostage de proximité.

Le SYBERT met en vente, 3 fois par an, des composteurs domestiques et des lombricomposteurs avec un bio-sceauajourépourlesbiodéchets à un prix réduit (40 € pour un modèle en bois de 300 L ou 600 L, 30 € pour un modèle en plastique de 400 L et 52 € pour un lombricomposteur) pour les habitants de son territoire. 20 000 composteurs auraient été distribués ces dernières années.

Illustration : un composteur domestique dans un jardin

Il n’y a pas de formation sur la manière de composter ses biodéchets ceci dit ce qui peut laisser poser la question du résultat : le compost produit est-il satisfaisant ? Comment les habitants restent motivés pour s’occuper régulièrement du composteur ? Il ne suffit pas de mettre des épluchures dans un bac pour que la magie du compost opère…

Concernant les composteurs collectifs, le SYBERT a développé un mode opératoire très précis engageant pour les habitants et 100% pris en charge par le syndicat (soit 2000€ incluant l’investissement initial et la première année d’accompagnement) :

  • Au moins deux habitants de l’immeuble doivent effectuer une demande auprès du SYBERT qui évalue la localisation et la faisabilité du projet
  • Une réunion est organisée avec tous les habitants de l’immeuble à l’issue de laquelle les habitants confirment leur demande d’installation. 
  • Le coût varie de 106 € à 318 €, selon le nombre de ménages impliqués avec installation du composteur en lui-même, fourniture des bio-seaux ajourés, d’outils et d’un soutien technique (fourniture de broyat, etc) d’un an offert par une association locale financé par le SYBERT
Illustration : Composteur collectif du Mas des Moulins à Montpellier

Enfin, le SYBERT a également installé des “chalets de compostage” pour les quartiers qui ne peuvent pas installer de composteur domestique (pas de jardin) ni de composteur collectif (pas ou peu d’espace). D’une capacité de 20 tonnes, ces chalets sont installés pour des zones de 100 à 1 000 ménages.

  • 12 sites de compostage de ce type ont été installés en 2013 sur des espaces verts de Besançon ou sur des copropriétés.

La décision d’installer ces sites et l’exploitation sont réservées au SYBERT : les usagers viennent déposer leurs biodéchets selon des horaires spécifiques et en présence d’un opérateur qui a pour mission de :

  • peser les déchets
  • vérifier la qualité du tri pour éviter toute matière indésirable 
Visuel tiré du site du SYBERT : chalet de compostage, capacité de 5 à 10 tonnes, ouvert 7/7 depuis le 16/08/2021

En conclusion, je peux affirmer que Besançon fait partie des villes pionnières sur la réduction des déchets et la gestion des biodéchets. Cela me donne envie de savoir quelles autres villes ont placé la réduction des déchets dans leurs priorités et dévoiler pourquoi pas, le podium des villes qui valorisent au mieux leurs biodéchets.

Vous réfléchissez à une solution pour réduire vos déchets, réduire l’empreinte environnementale de votre activité sur Montpellier ? Contactez-nous pour en discuter !

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